
Il y a des gens qui n’ont pas besoin de remplir le silence. Qui observent plus qu’ils ne performent, remarquent plus qu’ils ne le laissent paraître. Et puis il y a ceux qui ont clairement passé beaucoup de temps seuls (pas par solitude, mais par choix) et qui en sont ressortis avec quelque chose. Noor est de ceux-là. Intensément discrète, profondément introspective, avec tout un monde intérieur dont elle accepte de nous montrer un coin aujourd’hui.
Merci de nous recevoir, Noor.
Avec plaisir.
On entre : qu’est-ce qu’on voit près de la porte?
Des photos de famille. J’ai beaucoup déménagé, alors les photos, c’est comme ça que je garde tout le monde proche : elles me suivent partout. Et des oeuvres de Dalí. Je suis grande rêveuse, et son univers me rejoint vraiment. La façon dont il tordait la réalité juste un peu… je comprends ça, si ça a du sens.
Il est 7h30. Tu es une lève-tôt?
Toujours : café, livre, et une fenêtre. C’est non-négociable. Ça me recharge créativement avant que quiconque me demande quoi que ce soit. Je crois aussi que me lever en faisant quelque chose juste pour moi, ça m’enracine dans le moment présent, et ça donne le ton au reste de ma journée. Et de ma vie, même.

Et tu finis ta journée à quelle heure?
Quand je sens mon cerveau rouler dans le beurre. C’est mon signal que plus rien de qualité ne sera produit. Mais comme j’aime vraiment ce que je fais, quand je ferme un dossier, c’est souvent pour en ouvrir un autre. Le montage vidéo, créer, raconter des histoires : ce n’est pas qu’un travail pour moi, c’est vraiment une passion. Je suis toujours en train de prendre en notes des idées, de me lancer dans différents projets, de courir après ce qui allume ma curiosité. Même en dehors de mes heures de travail.
Tes murs sont assez vides. Si tu devais accrocher quelque chose, ce serait quoi?
Probablement encore des œuvres de Dalí plutôt qu’une citation… mais si je suis vraiment obligée d’en mettre une, ce serait : fais-le même si t’as peur. Toute ma vie j’ai avancé selon ce dicton. Et jusqu’ici, ça a toujours bien été.
Qu’est-ce qui manque à ta maison de rêve?
De l’espace. Une cour extérieure, une piscine, de hauts plafonds… J’ai besoin de place pour que mon esprit respire. Beaucoup de lumière, des plantes, du bois. Des rideaux occultants aussi, parce que je veux soit toute la lumière, soit l’obscurité totale. Et une salle créative : un coin dédié à laisser mon imagination s’exprimer. Oh, et de l’aide ménagère ne serait pas de refus, parce que je ne suis pas la plus assidue, haha.
Des icônes sur le manteau de foyer?
Rick Rubin. J’ai l’impression qu’il comprend profondément comment aider les gens à se reconnecter à eux-mêmes, pour qu’ils puissent exprimer leur art sans s’excuser. Il pousse les artistes à trouver des réponses qui sont déjà en eux, plutôt que d’en chercher à l’extérieur. L’art, ce n’est pas une question de règles, mais d’authenticité, et lui, il semble l’avoir intégré mieux que presque tout le monde.
C’est toi sur cette photo de bébé? Tu rêvais déjà d’une vie derrière la caméra?
Haha, du tout, je voulais être actrice. J’ai fait du théâtre pendant des années. Mais la seconde où je me suis retrouvée devant une caméra, j’ai compris qu’en fait, c’est derrière que je voulais être. Une version différente de moi apparaît quand je filme, plus décisive, plus directive. Je voulais avoir plus un mot à dire sur l’histoire racontée.

Et il y a quoi sur ton moodboard?
Le cinéma et la narration. Je veux montrer le monde tel que je le vois. Il y a aussi beaucoup de créativité intentionnelle : du bénévolat, des centres pour réfugiés, des orphelinats. Je veux créer du contenu qui aide les gens, de la beauté qui a un but.
Qu’est-ce que tu consommes ces temps-ci?
Des livres pour les gens seuls, haha! Enfant unique et très indépendante, je me sens particulièrement bien dans l’univers de Murakami. J’aime aussi l’univers de Tarantino : il est audacieux, il brise toutes les règles, il pense tellement en dehors de la boîte qu’il a presque son propre langage. Et les sorties en solo au resto. Y aller seule, exprès, pour observer les gens et vraiment me faire une impression fidèle d’un endroit sans être distraite. Je suis aussi très à l’aise à l’idée de parler à des inconnus. Il y a tellement à voir quand on ne joue pas de rôle pour personne.
Et dans ta cuisine, qu’est-ce qui mijote?
Des idées de courts métrages : il y en a toute une liste sur mon téléphone qui attendent leur heure. Et un projet qui me tient vraiment à cœur serait de faire connaître le livre de recettes iraniennes de ma grand-mère, qui date d’avant la révolution. Elle l’a depuis cinquante ans. Il n’existe nulle part ailleurs. Je veux me filmer en train de préparer ces recettes… des recettes bannies! C’est quelque chose qui doit exister et qui mérite d’être non seulement vu, mais célébré.

Une marque qui performe fort en ce moment?
Nude Project. Authentique, bâtie par sa communauté, intentionnelle. Ils ont quelque chose de vrai que peu de marques ont.
C’est quoi les ingrédients d’une bonne journée pour toi?
Un toast à l’avocat, et j’ai un vrai rituel : si l’intérieur est parfait, c’est signe que la journée va bien aller. Me garder du temps pour peindre, peu importe ce qui attend sur ma liste de tâches à faire (la liste peut attendre). Et prendre ça doucement le matin.
Qu’est-ce qui te fait te sentir chez toi, même loin de chez toi?
Savoir que je serai toujours là pour moi-même. Et, dans les journées plus difficiles, j’imagine une Noor plus âgée qui serait là pour m’accompagner. Une version de moi-même qui s’en est sorti, qui sait déjà comment l’histoire finit, et qui en est sortie grandie. Ça, et la thérapie. Les deux vont ensemble.

Si Casa ouvrait un bureau ailleurs dans le monde, ce serait où?
Barcelone. La plage après le travail. Vraiment, c’est tout ce qu’il me faut.
Et si tu étais un meuble?
Une lampe. Mon prénom, Noor, veut dire lumière. Noor Banu, au complet, signifie dame de lumière. C’est une évidence, non?
Avant de partir on a une journée libre à Montréal. Qu’est-ce qu’on fait?
Déjeunez au Pas de Problème pour commencer la journée en douceur, puis faites une longue marche rêveuse le long du canal de Lachine. Ensuite, rendez-vous dans les rayons d’Indigo, puis allez flâner au Marché Jean-Talon avant de finir avec un dîner au 3 Pierres 1 Feu. Prenez un verre chez Satay Brothers, riez à un show de comédie bilingue au Kickback, et finissez la nuit en dansant au Sans Soleil… avec un potentiel deuxième souffle pour se rendre au Stereo, si vous êtes comme moi et que vous seriez capables de danser toute la nuite.
On ne peut pas attendre d’avoir notre propre journée complètement Noor. En attendant, merci de nous avoir reçus!
Tout le plaisir est pour moi.